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Musique classique et opéra par Classissima

Myung-whun Chung

mardi 7 juillet 2015


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22 juin

Festival des Chorégies d’Orange (84). Carmen, Il Trovatore, concerts. Du 7 juillet au 4 août 2015. Sous le Mur Antique, hommages à l’Italiespagne et à la Francespagne. Verdi, dans le 2e de sa Trilogie de 1851-53, choisit un livret souvent décrié pour ses invraisemblances mélodramatiques, mais signe ce que certains n’hésitent pas à nommer son chef-d’œuvre. Bizet fait vivre en géniale audace musicale l’héroïne de Mérimée, et conte le destin de la plus libre des femmes.

Classiquenews.com - Articles Orange.Chorégies. Carmen, Il Trovatore, concerts. Du 7 juillet au 4 août 2015. Un scandale absolu ? Carmen causa-t-elle un scandale analogue à celui de Pelléas (Debussy) puis du Sacre (Stravinsky) et de Déserts (Varèse) ? On aimerait le penser, pour que nous fussions pleinement … scandalisés par la sotte incompréhension des publics, et puisque comme le disait un polémiste du XXe, « la colère des imbéciles remplit le monde ». Tout était réuni en cet opéra-« comique », – et on ne relit pas sans sourire amertumé le sous-titre de « classement » à travers lequel ce chef-d’œuvre de la tragédie lyrique fut en son temps catalogué !- pour susciter le plus violent des refus, à commencer par l’ histoire racontée et son « héroïne »-repoussoir pour une société avide de conventions et de respectabilité. Musique cochinchinoise Et certes une partie de la critique se surpassa dans l’invective, comme nous le rappelle le musicologue Hervé Lacombe en citant un article d’Oscar Commettant dans le Siècle du 8 mars 1875 : « Peste soit de ces femelles vomies par l’enfer, et quel singulier opéra-comique que ce dévergondage castillan ! …Délire de tortillements provocateurs, de hurlements amoureux, de dans es de Saint-Guy graveleuses plus encore que voluptueuses… Cette Carmen est littéralement et absolument enragée. Il faudrait pour le bon ordre social la bâillonner et mettre un terme à ses coups de hanche effrénés, en l’enfermant dans une camisole de force après l’avoir rafraîchie d’un pot à eau versé sur sa tête. » Ou d’un magistral jugement esthétique qui mérite que le nom de son auteur, Camille du Locle (co-directeur de l’Opéra Comique), passe à la postérité : « C’est de la musique cochinchinoise, on n’y comprend rien. » Doublement immigrée Mais au fait, qui donc là était en cause ? Le musicien capable d’illustrer « le dévergondage castillan, le délire et les hurlements amoureux » de la demoiselle forcenée, l’écrivain qui avait fourni aux librettistes une histoire terrifiante ? On dirait a priori que Prosper Mérimée, le « nouvelliste » demeurait le plus coupable. Pourtant en 1875, il était en quelque sorte « mort en odeur de sainteté », (1870), ayant effacé par ses fonctions officielles (Les Monuments Historiques, ou comme on dirait aujourd’hui, le Patrimoine) au service d’une Monarchie de Juillet et surtout d’un Second Empire qu’il admirait comme remparts contre la Subversion sociale, la scélératesse de sa Carmen (d’ailleurs écrite en 1845). Carmen, cette double immigrée : gitane, donc déjà en situation plus ou moins régulière pour « son pays d’origine », l’Espagne, et devenue pour les Français lecteurs de la nouvelle l’exotique et volcanique rebelle qui mène les hommes à leur perte, choisissant un représentant de l’Ordre (le subalterne Don José) comme instrument du destin pour vivre… sa triade « l’amour-la liberté-la mort ». Foutriquet le Fusilleur Cinq ans après la mort de l’auteur, la France profonde, qui choisit quasiment par surprise la République (l’amendement Wallon, voté par une voix de majorité !), est encore sous le coup du séisme idéologique et politique de la Commune, impitoyablement réprimée dans le sang devant l’œil goguenard des Prussiens occupants, liquidée par les troupes de Monsieur Thiers, alias le Fusilleur, alias Foutriquet. Symboliquement considérée comme inspiratrice des pétroleuses( les femmes accusées par la Répression Versaillaise d’avoir mis le feu aux bâtiments en réalité incendiés dans les combats au centre de Paris, pendant « la Semaine Sanglante »), Louise Michel vient d’être déportée en Nouvelle Calédonie, d’où cette féministe et révolutionnaire ne reviendra qu’en 1880… Le théâtre des entrevues de mariage En tout cas, si la Carmen de Mérimée a déjà connu son absolution , et même si « le plus âgé des directeurs de l’Opéra-Comique s’effraie de voir sur sa scène : « ce milieu de voleurs, de bohémiennes, de cigarières arrivant au théâtre des familles qui organisent là des entrevues de mariage – cinq ou six loges louées pour ces entrevues –, non c’est impossible ! », des concessions sur l’histoire et certains personnages, la bonne réputation des librettistes Meilhac et Halévy emportèrent « le marché » en faveur de ce Georges Bizet dont la lyrique Djamileh avait eu un vif succès. « Prima la musica, e poi le parole », le rassurant adage devait « couvrir par son bruit harmonieux » les messages de la gitane révoltée… « Malheureusement », le génie de Bizet – se servant de l’alternance des parties dialoguées et du socle musical – transcende aussitôt les petits arrangements qu’on pouvait espérer d’un compositeur a priori non « révolutionnaire », en tout cas sans idéologie reconnaissable, et porte à l’incandescence l’histoire et la personne de Carmen, femme libre. Tout comme Mozart était « fait » pour créer avant tout Don Giovanni, Beethoven Fidelio, Berg Wozzeck, Bizet « reste Carmen », pour une éternité qui lui rend presque aussitôt justice et fera de Carmen l’opéra français le plus joué au monde (selon le livre Guinness des Records). Sa mort cruellement précoce (37 ans !), qui suit de quelques mois la venue au monde du chef d’œuvre, contribue à « sanctuariser » l’opéra dans l’histoire musicale… Nietzsche désaddicté Et aussi à en faire un symbole d’ « art français » – clarté-cruauté racinienne du discours, vérité naturaliste et tragique de ce qui est montré – contre « l’autre côté du Rhin », englué dans son brouillard métaphysique… On pense évidemment à Nietzsche « désaddicté » de son Wagner, et allant chercher dans la lumière méditerranéenne des Cimarosa ou Rossini, mais surtout celle de Carmen, une vérité supérieure, « la profondeur du Midi » : « Je viens d’entendre quatre fois Carmen, écrit-il en janvier 1888 à son ami Peter Gast, c’est comme si je m’étais baigné dans un élément plus naturel. »(Et suit la demi-phrase désormais chère à tout écho » vendeur » de comm culturelle : « la vie sans musique n’est qu’une erreur (, une besogne éreintante, un exil) ». La poésie dans la vie Mais au XXe, on ira surtout du côté de chez Alberto Savinio – peintre comme son frère Giorgio de Chirico, compositeur, critique et littérateur – des clés pour mieux saisir la grandeur de Bizet : « Le secret de Carmen tient peut-être à ce qu’elle est si proche de nous et en même temps si lointaine, sincère et directe, en même temps si retorse et chargée de fatum (destin). Je ne vois pas d’autre exemple, même chez les Grecs, de ce fatum dans le « trio des cartes ». Avec autant de grâce mélancolique les pleurs de l’air, de la lumière, de la vie qui devra continuer que le thème du 4e acte par lequel Frasquita et Mercédès murmurent leurs funèbres mises en garde…On a tant parlé de la rédemption dans les finales de Dostoievski : et de la rédemption du finale de Carmen, qui a jamais parlé ? » Et de citer les trois « rapprocheurs » qui ont amené au XIXe « la poésie dans la vie : Baudelaire, Manet, Bizet… ». Sous le Haut Mur Alors, comment faire passer sous le Haut Mur cette modernité, ce climat d’intuition, cette passion violente, ce mouvement perpétuel d’aventures, et les huis clos tragiques ? C’est Louis Désiré – « costumier et scénographe » – qui a en charge la mise en espace de cette Carmen dont ne peut savoir si elle jouera la rupture avec la tradition, y compris « orangienne » ; ce spécialiste de l’opéra XIXe (Werther de Massenet lui est cher…) a déjà ici fait décors et costumes pour Rigoletto. Le chef finlandais Mikko Franck – évidemment hyper-spécialiste de Sibelius, et aussi de son compatriote Rautavaara – est un habitué de « sous le mur » – Tosca en 2010, Vaisseau Fantôme en 2013 -, et c’est un mois après son Trouvère orangeais avec le « Philhar » de Radio-France qu’il en prend la succession de Myung-Whun-Chung à la direction musicale…Kate Aldrich arrive ici en Carmen, de même que Kyle Ketelsen en Escamillo, et très spectaculairement Jonas Kaufman incarne Don José, Inva Mula étant la douce Micaela. Au cœur de la Trilogie 11 ans après Nabucco, 6 après Macbeth, 2 après Rigoletto. Et encore, pour ceux qui aiment le chiffrage dans la vie : 2 ans après la mort de la mère, 15 après celle de Margherita l’épouse, 5 après le début de la vie commune avec la cantatrice Giuseppina Strepponi… Ainsi va Giuseppe Verdi en 1853 (il a 40 ans), au cœur d’une Trilogie qui marque son évolution et l’histoire de l’opéra italien : avec Rigoletto, Traviata et Le Trouvère, c’est, écrit P.Favre-Tissot, « le fruit d’un cheminement progressif, un point d’équilibre atteint dans une quête de la perfection au terme d’une évolution réfléchie et non comme un miracle artistique spontané. » Adaptation de Victor Hugo (Le Roi s’amuse) pour Rigoletto, d’Alexandre Dumas fils (La Dame aux Camelias) pour Traviata : deux origines très « pro », comme on dirait aujourd’hui, et du beau travail. Mais pour le Trouvère, on peut avoir oublié la pièce théâtrale espagnole, El Trovador, et surtout son auteur, A.G.Gutierrez. Rocambolesque ? Etant admis qu’on n’est nullement ici dans l’historique, fût-il très transposé – Don Carlos, Un bal Masqué – , il est pourtant rare qu’un livret propose un tel cocktail d’invraisemblance et de complication. Certes, le genre « croix de ma mère » – comme on le disait pour symboliser les artifices lacrymaux du mélo – a largement sévi en cette période pour alimenter les « scenars » à coups de théâtre, objets-colifichets symboliques et autres attrape-badauds du feuilleton lyrique. Et comme avait concédé le bon Boileau, héraut du XVIIe français classique en terre encore baroque, « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ». C’était aussi en France le temps où le roman-feuilleton s’inventait une légitimité, d’Eugène Sue et ses Mystères de Paris à Ponson du Terrail à qui on attribue l’introuvable « elle avait les mains froides comme celles d’un serpent » et dont le Rocambole s’est adjectivé. (La littérature « industrielle » du XIXe a bien eu sa descendance au XXe chez Guy des Cars ou Maurice Dekobra, et de nos jours dans le binôme des jumeaux-rivaux Musso-Lévy…). Une nuit à l’opéra Pour Il Trovatore, une gitane (encore ) et sorcière brûlée vive, sa fille Azucena qui l’aurait vengée en faisant disparaître l’un des fils du comte de Luna, la princesse d’Aragon Léonora qui devient folle d’amour d’un Trouvère, Manrico, alors que le fils du comte de Luna… « et ce qui s’en suivit », ainsi qu’on le lit dans certains sous-titres de romans populaires. A vous, spectateur, de jouer – slalomer ?- entre les péripéties toutes plus troublantes et inattendues les unes que les autres.(P.Favre-Tissot note que « le caractère rocambolesque de l’intrigue poussa les Marx Brothers à choisir Il Trovatore pour leur désopilant film Une nuit à l’opéra « !). Mais surtout de vous relier à une musique dont nul ne semble contester la force émotive – la première elle-même fut un triomphe, à la différence d’une Traviata incomprise car porteuse de scandale social, comme sa « descendante » …Carmen -, et le tourbillon des affects. « Une des musiques les plus étincelantes nées de la plume de Verdi, dit encore P.Favre-Tissot. Ce torrent sonore continu, charriant impétueusement les passions romantiques, emporte tout sur son passage. Le traditionalisme des formes rassure le public (pour) un sujet que Verdi a qualifié de sauvage. Et à un orchestre plus élémentaire répond une écriture vocale paroxystique. » Les chants sont des cerfs-volants solitaires Echo contemporain de ce que notre Alberto Savinio écrivait dans une de ses critiques : « Il Trovatore, c’est le chef-d’œuvre de Verdi. Dans aucun autre de ses opéras, l’inspiration n’est aussi élevée. Aucun autre ne peut se vanter de posséder des chants aussi solitaires, purs, verticaux…Chants d’une espèce singulière, qui ouvrent une fenêtre soudaine, par laquelle l’âme prend son envol violemment et en même temps très doucement, dans la liberté infinie des cieux. Chants qui sont des cerfs-volants solitaires, dans un étrange calme, dans un ciel sans vent, montant tout droit dans la nuit infinie… » L’inspiration du poète Savinio semble ici appeler non le lieu clos d’une « maison d’opéra » mais bien le « ciel ouvert » sous les étoiles. Charles Roubaud – un familier d’Orange – devra trouver le mélange d’ardeur et de lyrisme, de surprises théâtrales et « cheminements » sous le Mur pour le chef-d’œuvre aux paradoxes. C’est au chef français – et quasi-autrichien, tant une partie de sa carrière a été viennoise – Bertrand de Billy qu’il convient de porter à incandescence l’Orchestre National de France, des chœurs « français-méditerranéens », et des solistes à prestige : retour attendu de Roberto Alagna ( Manrico) et de Marie-Nicole Lemieux–(Azucena) -, arrivée de Hui He (Leonora) et George Petean (Conte de Luna). Lyrique et symphonique Et puis les Chorégies ne seraient pas tout à fait elles-mêmes si on n’ajoutait pas aux « deux-fois-deux opéras » l’accompagnement des concerts lyriques et symphoniques. Cela permet aussi à certains orchestres de faire leurs premières armes dans l’immense acoustique du Théâtre Romain, ainsi pour le National de Lyon qui « débute » ici tout comme un chef (pour lui invité), Enrique Mazzola, une soprano, la Russe Ekaterina Siurina, en duo avec le plus habitué ténor Joseph Calleja : airs extraits pour l’essentiel du trésor lyrique italien XIXe. Le Philhar de Radio-France connaît bien Orange, où il a aussi joué avec Myung Whun Chung : mais deux « petits nouveaux » solistes du clavier, Martha Argerich et Nicholas Angelich, dans Poulenc, à côté de la grandiose « Avec orgue » de Saint-Saëns (3e Symphonie, Christophe Henry).Enfin, en même temps que Trovatore, l’O.N.F. et Bertrand de Billy explorent la 9e de Dvorak et le Concerto en sol de Ravel (avec Cédric Tiberghien). Festival des Chorégies d’Orange (84). Du 7 juillet au 4 août 2015. Georges Bizet (1838-1875), Carmen : mercredi 8, samedi 11, mardi 14 juillet , 21h45 ; Giuseppe Verdi (1813-1901), Il Trovatore : samedi 1er août, mardi 4 août, 21h30. Mardi 7, 21h45, Concert lyrique ; vendredi 10, 21h45, concert symphonique ; lundi 3, 21h30, concert symphonique. Information et réservation : T. 04 90 34 24 24 ; www.choregies.fr

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22 juin

Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 13 juin 2015 ; Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur opus 26 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 en ut dièse mineur ; Gil Shaham, violon ; Orchestre Philharmonique de Radio France ; Direction : Myung-Whun Chung .

Gil Shaham est un violoniste délicat qui dès son entré en scène, souriante et élégante, a marqué le public de sa présence chaleureuse. La complicité avec le chef a semblé évidente, à voir la manière dont ils entretiennent des sourires complices tout au long du concert. Son écoute gourmande des instrumentistes de l‘Orchestre montre quel chambriste il peut être. C’est ainsi que nous avons eu l’impression de partager un moment d‘amitié musicale au sommet. La facilité avec laquelle Gil Shaham joue de son Stradivarius est confondante. Son légato est fondant. Les nuances les plus subtiles, les phrasés les plus délicats, les sonorités dorées ou mélancoliques, tout permet une interprétation d’une grande poésie. L‘accord avec le chef est total, les musiciens de l’Orchestre eux même habités par une confiance totale ne font qu’un avec Myung-Whun Chung (62 ans). Ainsi l’oeuvre la plus célèbre de Bruch irradie de bonheur. Le public fait un triomphe aux artistes si complices et tout particulièrement au violoniste si délicat. Concert d’adieu de Muyng Whun Chung au Philharmonique de Radio France Elégance et raffinement Cette fusion doit beaucoup à l’expérience du chef et du soliste qui tous deux jouent sans partitions, concentrés sur l‘écoute et le partage. En bis, le violoniste céleste offre la Gavotte en Rondeau de la Partita pour violon seul n° 3 de Jean Sébastien Bach. Un véritable moment de grâce. En deuxième partie, Maestro Chung a choisi une partition qu’il aime tout particulièrement. La dirigeant par coeur, il offre une interprétation toute personnelle de la Cinquième Symphonie de Mahler, à laquelle l’Orchestre et le public ont été particulièrement sensibles. A d’autres la véhémence, la violence, voir le sarcasme et la noirceur. Rarement la beauté de cette partition aura été aussi joliment révélée, sa construction mise en lumière avec cette évidence. Le Philharmonique de Radio France est devenu l’une des meilleures phalanges mondiales. Il a irradié dans cette œuvre si exigeante. La facilité du trompette solo est un vrai miracle de pureté et de présence puissante, sans violence. A l’image de cet orchestre virtuose, la trompette capte l‘attention par une musicalité raffinée faisant fi de la technique. Si c’est lui qui a un rôle majeur dans cette symphonie, il faudrait détailler chaque famille d’instruments, tous magnifiques… Myung-Whun Chung quittera en juillet un orchestre qu’il dirige depuis 2000. L’entente entre les musiciens et lui est comme magique et témoigne du fort engagement de part et d‘autre. Il faut reconnaître qu’un chef si libre, n’ayant pas la partition sous les yeux, peut demander bien d ‘avantage à ses musiciens. L‘apothéose de la fusion musicale a eu lieu comme de bien entendu dans l‘ Adagietto qui atteint au sublime. Mais la joie du final efface toute mélancolie, fut-elle de cette beauté élégante ! C’est bien le bonheur de la musique partagée qui rassemble le public dans des applaudissements galvanisés. En bis, non sans humour et dans un tempo d‘enfer, Myung Whun Chung offre le « véritable hymne national français » avec l’ouverture de Carmen. Le public quitte la salle euphorique ! Pour finir cette saison, les Grands Interprètes ont offert aux Toulousains gâtés un concert à la musicalité raffinée, passionnée, élégante. Un de ces moments rares et inoubliables. Merci à Catherine D’Argoubet, avisée directrice artistique qui a su faire venir « Chung et le Philar » dans l’un de leurs derniers concerts pour clore en majesté sa saison à Toulouse.




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17 juin

L’adieu du maestro Chung à la maison de la Radio

Myung-Whun Chung a donné, en tant que directeur musical du « Philhar », son dernier concert à domicile. Le public est venu en nombre pour saluer le chef qui, pendant quinze années, a dirigé l’Orchestre philharmonique de Radio France , et l’a accompagné dans sa progression vers la haute qualité musicale que nous lui connaissons aujourd’hui. Ovations, fleurs, discours, enthousiasme des musiciens et de la salle, tous les signes visibles de la reconnaissance ont succédé à presque deux heures de musique haletante et inspirée. Certes, l’on ressent, dans le concerto de Bruch, une légère frustration. Gil Shaham , malgré un entrain manifeste, n’est pas entré dans tous les détails de la partition, et s’est contenté d’approcher la justesse, sans toujours l’atteindre. Pour autant, derrière lui, on entend déjà l’orchestre bouillir ; toutes ses interventions sont remarquables. Les cordes ont une texture plus chaude que jamais, renforcée par un pupitre de violoncelles particulièrement en verve. Le point culminant du concert est atteint, à n’en point douter, dans les deux premiers mouvements de la Cinquième de Mahler. Le grand programme symphonique s’ébauche, et tout implicite qu’il soit, il parle à l’imagination. L’appel de la trompette solo, au début de la « Trauermarsch », transporte l’âme, instantanément, dans des abîmes de résignation – laissant présager aussi de la qualité des interventions des cuivres, eux qui sont tellement mis à contribution dans la suite de l’œuvre. Pour le reste, l’Adagietto tient ses promesses. Seul le Finale a pu paraître long ; c’est que, certainement, les proportions de la symphonie exigent qu’on l’exécute avec un regain d’inventivité, par égards pour un auditoire déjà rassasié d’impressions. À l’issue du concert, Myung-Whun Chung, généreusement applaudi, et félicité par Mathieu Gallet en personne (seul instant de la soirée, peut-être, où une pointe de tension fut palpable), a pris la parole, expliquant ce que la musique représente pour lui ; à savoir, dans l’ordre : une expérience humaine, une émotion esthétique, et – en référence à sa nationalité coréenne – un geste patriotique. Puisse Mikko Franck , son successeur, hériter d’une telle sagesse, et mériter à son tour les faveurs du monde musical. Crédit photographique : © Jean-François Leclercq

Le blog d'Olivier Bellamy

5 juin

Roselyne Bachelot, petite fille au grand coeur

Mes madeleines : • 1956 : mes parents m’offrent mon premier 33 tours, les Rhapsodies hongroises de Liszt jouées par Györgi Cziffra. C’est non seulement un cadeau musical, mais un acte politique puisque Cziffra a demandé l’asile politique à la France après l’insurrection de Budapest. Je choisis la Rhapsodie n°2, la plus connue. • Fin des années 1970 : mon premier festival de Vérone et mon premier spectacle lyrique. Je prends un verre sur la place des Herbes et un italien entonne l’air de Procida dans les Vêpres siciliennes : O tu Palermo. Tous les clients reprennent en cœur ! Prendre la version chantée par Boris Christoff. • Avril 2002 : choc devant la présence de Le Pen au 2ème tour de la présidentielle. Avec des amis artistes, nous décidons d’aller chanter la Marseillaise sur l’esplanade du Trocadéro. C’est la seule fois où j’ai chanté avec Roberto Alagna! Il n’y a pas d’enregistrement (heureusement!). On prendra Alagna chantant la version de Berlioz pour le 14 juillet 2005 sur la place de la Concorde. • 2011 : Dich, teure Halle, grüss ich wieder. Nina Stemme chante Elisabeth dans Tannhauser. La mise en scène de Robert Carsen fait que Stemme vient du fond de la salle et qu’elle adresse ce « salut à une salle bénie » devant moi assise au mythique rang 15. Les larmes me montent aux yeux : quel bonheur d’être là, oui, dans une salle bénie ! S’il n’y a pas d’enregistrement de Stemme, prendre l’EMI de 1960 avec Grümmer. Mes choix musicaux : • Le spectre de la rose des Nuits d’été de Berlioz par Régine Crespin • Concerto pour piano de Schumann op. 54 par Clara Haskil, le 3ème mouvement Allegro vivace • Le Lacrimosa du Requiem de Mozart. La version de 1985 de Daniel Barenboïm avec les chœurs de l’Opéra de Paris • Le Concerto pour violon l’Arbre des songes d’Henri Dutilleux (clin d’œil angevin) avec Renaud Capuçon (clin d’œil à Laurence Ferrari) et l’Orchestre philarmonique de Radio France (clin d’œil de soutien) Myung Whun Chung



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7 avril

Mahler magnifié par Chung à Seoul

Le chef d’orchestre coréen Myung-Whun Chung livre une exceptionnelle lecture de la Symphonie n°9 de Mahler à la tête de l’Orchestre philharmonique de Seoul. Premier orchestre asiatique sous contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon, le Seoul Philharmonic avait déjà frappé les esprits avec une magnifique Symphonie n°1 de Mahler, déjà sous la baguette de Myung-Whun Chung. L’équipe récidive avec une nouvelle haute performance dans la plus exigeante des symphonies mahlériennes tant pour le chef que l’orchestre. La phalange coréenne fait très forte impression par la précision de ses pupitres, son homogénéité instrumentale et sa force de projection dynamique. Myung-Whun Chung a hissé cette formation aux sommets de la musique classique et l’orchestre n’a plus rien à envier à ses confrères européens ou américains. Myung-Whun Chung connait son Mahler pour le pratiquer avec assiduité chaque saison. Il impose une lecture idéalement construite et assez allante du côté des tempi. L’émotion musicale est franche et sincère, toute en retenue et jamais démonstrative ou bruyante. Certes, les mahlériens acharnés n’échangeront jamais les gravures légendaires de Bruno Walter (Warner et Sony), Karel Ancerl (Supraphon) ou Leonard Bernstein (Sony ou DGG), mais cette nouvelle lecture coréenne est l’un des jalons contemporains de la discographie. Elle témoignage par ailleurs, avec brio et excellence, de la mondialisation de la musique et de l’élévation du niveau des orchestres vers des sommets vertigineux.

Carnets sur sol

28 mars

[Carnet d'écoutes n°71] — Steffani chambriste, Carême de Charpentier, Rossini-Pappano, Brahms-Chailly, VLL-Trekel, Tournemire chambriste, Prometeo de Nono…

Cette semaine : Spectacle vivant : Méditations pour le Carême de Charpentier et Leçons de ténèbres de Lalande (Lefilliâtre, Lombard, Dumestre…). Deux nouveautés : Ouvertures de Rossini par Pappano et l'Académie Santa-Cecilia. Sérénades de Brahms par Chailly et le Gewandhaus. Quatre disques récents : Op.54 de Haydn des Ysaÿe sur leur label. Sept dernières paroles du Christ en Croix de Haydn, par le Quatuor Terpsycordes (sur instruments d'époque). Troisième Quatuor de Brahms des Ysaÿe sur leur label. Lieder féminins de Wagner et Strauss (Wesendonck-Lieder, Morgen, Zueignung, Vier Letzte Lieder…) par Roman Trekel, baryton, et Oliver Pohl. Et aussi : Schütz par Esswood et Bowman. Duos de chambre de Steffani. Saul de Haendel par Harnoncourt Versions des Quatuors à cordes de Haydn et Mozart. Quatuors avec piano de Mozart. Roméo & Juliette de Vaccai. Musique sacrée de Mendelssohn par Bernius. Plusieurs intégrales des quatuors de Brahms. Une immense anthologie pour piano de Hahn. Musique de chambre de Tournemire. Prometeo de Nono dans deux versions. et puis… Détails et cotations par ici : Dimanche 15 mars ¶ Elīna Garanča, récital « romantique » – La Favorite de Donizetti (Bologne, Abel) : « Ô mon Fernand » Dans un français plutôt supérieur à ses habitudes (ce qui est rare pour un récital où les grands chanteurs sont souvent livrés à eux-mêmes), une interprétation solide – à défaut, on s'en doute, d'être pleine d'abandon. ¶ Vaccai – Giuletta e Romeo (la fin) – Severini + Un véritable sens dramatique… Je l'ai découvert en même temps que l'opéra correspondant de Bellini, et j'ai toujours trouvé Vaccai plus frappant dans cette fin. En plus, avec Maria José Trullu et Dano Raffanti ! L'une toujours extraordinairement frémissante (son Puck vénéneux et étrange chez Weber, son Polinesso très séduisant dans Ariodante sont des jalons importants de l'art interprétatif des sons) ; l'autre radieux, dans un rôle à sa mesure — il pouvait sonner un peu court dans Verdi, mais ici, le placement franc et lumineux de son Capulet est tout à fait optimal. Cela reste du belcanto romantique, ne vous précipitez pas dessus si vous ne le supportez pas… mais pour les autres, c'en est un très beau représentant, assez différent des autres, et même un opéra assez majeur du style, à mon avis. ¶ Tournemire – Poème mystique Op.33 – Henriette Puig-Roger ¶ Tournemire – Sagesse Op.34 – Bernard Plantey Superbe ! ¶ Tournemire – Sonate-Poème Op.65 – Erlith (violon), Puig-Roger (piano) ¶ Tournemire – Musique orante Op.61 – Quatuor de la RTF On pourrait sans doute gagner beaucoup à l'entendre par une autre formation plus virtuose et riche en colorations, mais on entend l'essentiel sans problème. ¶ Hahn – Le Rossignol éperdu (41 à 47) – Cristina Ariagno (chez Concerto) + D'un peu loin et réverbéré, moins adaptée aux archaïsmes de ces pièces, mais la conduite reste belle et la couleur du piano magnifique. ¶ Hahn – Le Rossignol éperdu (41 & 43) – Earl Wild (chez Ivory Classics) + Vision du baroque beaucoup plus romantisée… mais on sent le « pianisme » du très grand interprète, rompu à tous les artifices du grand répertoire, avec ses légères désynchronisations volontaires, son rubato spécifique, la précision de son chant… ¶ Hahn – Cycle au clair de lune – Ariagno L'évocation du vent doit tout au « vent d'hiver » de Chopin, clairement. ¶ Hahn – D'une prison – Ariagno + ¶ Hahn – Avant l'hommage des poètes – Ariagno ¶ Hahn – Pavane d'Angelo – Ariagno ¶ Hahn – Portraits de peintres – Ariagno + ¶ Hahn – Premières valses – Ariagno ¶ Hahn – Sonate en ut majeur – Ariagno ¶ Hahn – Thème varié sur le nom de Haydn – Ariagno ¶ Hahn – Bacchant – Ariagno ¶ Hahn – La Création du Monde – Ariagno + Dans l'atmosphère des Clairs de lune de Decaux… formidable ! ¶ Hahn – Notturno alla italiana – Ariagno En réalité très chopinien, mais avec des effets napolitains. ¶ Hahn – Good-Bye – Ariagno ¶ Hahn – cycle Les Impressions – Ariagno + Très beau, mais Ariagno ne l'a pas fait en entier, dommage. ¶ Hahn – Contour mélodique improvisé en voiture ouverte – Ariagno ¶ Hahn – cycle Pièces d'amour – Ariagno ¶ Hahn – Chanson rêveuse de l'héliotrope – Ariagno ¶ Hahn – Valse de la libellule en deuil – Ariagno ¶ Hahn – L'inspiration – Ariagno ¶ Hahn – cycle Juvenilia – Ariagno ¶ Hahn – cycle Au clair de lune – Ariagno Décidément, l'ensemble des ces pièces constituent un superbe corpus. ¶ La minute glottophile de CSS. Dano Raffanti : Duca di Mantova à San Francisco, Fuor del mar à Florence en 1989 (Chung). Ramón Vargas : Fuor del mar. ¶ Tournemire – Préludes-Poèmes – Lise Boucher + Alors qu'ils valait quasiment cinq tartelettes, je suis un peu déçu par la réécoute dans cette version, qui me fait voir l'œuvre davantage sous l'aspect de son tour de force de grand catalogue des figures virtuoses et de recherche musicale… j'y ressens moins la fièvre mystique que chez Delvallée, ou plutôt, au lieu de la poésie de la religion, j'y entends plutôt une sorte de fanatisme corseté qui essaie de faire grand. Il est sûr que le son rond et timide de Lise Boucher ne vaut pas les grandes largeurs nettes de Delvallée, mais je crois que c'est plutôt mon goût qui change. Ou le jour. À retenter. En tout cas, à essayer absolument pour tout amateur de piano (plutôt avec Delvallée, donc). ¶ Schmitt – Ombres Op.64 – Vincent Larderet ¶ Schmitt – Mirages – Larderet ¶ Schmitt – La Tragédie de Salomé (version piano) – Larderet Ça, en revanche, j'aime toujours très fort. Infiniment moins démonstratif, d'ailleurs. ¶ Elgar – Concerto pour violoncelle – Queyras, Bělohlávek Réécoute pour vérifier mes impressions : version qui favorise comme aucune autre les épisodes intermédiaires (et la filiation avec Dvořák ?), mais qui atténue beaucoup la grandeur des moments emblématiques — choix délibéré, mais aussi une certaine mollesse habituelle chez Bělohlávek (certains fois, je me demande si sa bonne réputation n'a pas été due au préjugé qu'il serait bon dans la musique tchèque – où il n'est pas mauvais du tout, mais tout aussi presque-indolent). ¶ Dvořák – Rondo Op.94 – Queyras, Bělohlávek La parenté est saisissante, on croirait un mouvement supplémentaire de la même œuvre ! ¶ Haydn – Sept Dernières Paroles du Christ en Croix – Terpsycordes SQ Très belle œuvre dont le caractère primesautier (voyez « Consumatum est » !) m'étonne toujours ; et servie à merveille par les Terpsycordes, qui ont la chaleur du grain des instruments d'époque, mais avec une assise dense (et une sûreté technique) beaucoup plus rare avec ce type de matériel. Seul l'orage fait un peu grincer les boyaux. Magnifique version, qui culmine dans un saisissant « In Tuas manus ». ¶ Mozart – Quatuor n°14 – Takács SQ (Hungaroton) ¶ Mozart – Quatuor n°15 – Takács SQ (Hungaroton) Reflet d'une époque plus ancienne que leurs Haydn chez Decca : et effectivement le style est moins acéré. Mouvement lent du 14 extrêmement intense, tout de même ! ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Bartók SQ ¶ Brahms – Quatuor n°3 – Bartók SQ Large, rugueux, je trouve que les quatuors de Brahms (moins saillants mélodiquements que tout le reste de sa production, lieder exceptés) gagnent beaucoup à ce traitement, là où d'autres formations en vue cherchent à le romantiser avec force rubato précieux, voire à le galantifier… Lundi 16 mars ¶ Haydn – Quatuor Op.54 n°1 – Ysaÿe SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.54 n°2 – Ysaÿe SQ + ¶ Haydn – Quatuor Op.54 n°3 – Ysaÿe SQ – Remarquable interprétation acérée. Mais à part le deuxième (mouvement lent fantastique, et joué avec un grain voilé très impressionnant), ces quatuors « centraux » n'ont ni la facétie de ceux de l'opus 33, ni l'aboutissement inapprochable des opus 76 et 77. ¶ Poulenc – Banalités – Enguerrand de Hys, Paul Beynet Encore une magnifique réalisation en concert , on en entend souvent. Si seulement on pouvait avoir des interprétations de ce niveau au disque (étrangement sinistré) ! Et par un très jeune chanteur encore au CNSM de Paris (déjà admiré l'an passé dans la classe de Jeff Cohen). ¶ Poulenc – Banalités – Le Roux, Godin (dans la récente intégrale Atma) François Le Roux joue très bien de son instrument très changé, voire abîmé… mais il faut encore plus de souplesse pour tirer tout le partie de ces miniatures ébouriffantes. Je reste frustré, même si cela se place malgré tout dans le meilleur de la discographie. ¶ Poulenc – Banalités – Blondelle, Blumenthal (chez Fuga Libera) C'est la seule version que je trouve vraiment convaincante au disque, même si Blumenthal reste très timide, et que Blondelle n'est pas particulièrement expansif : au moins le chant est propre (la plupart des enregistrements étant le fait de voix inadéquates, voire ignobles indépendamment du style !) et les effets nécessaires tous là. Très belle version bien équilibrée, au moins quelqu'un l'a fait ! ¶ Ravel – Sur l'herbe – Blondelle, Blumenthal ¶ Mendelssohn – Quintette à cordes n°2 – Mendelssohn SQ (chez BIS) + Disque de chevet. ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Bartók SQ Mardi 17 mars ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°0 – The Angeles SQ ¶ R. Strauss – Vier Letzte Lieder – Roman Trekel, Oliver Pohl (chez Oehms) ¶ Wagner – Wesendonck-Lieder – Roman Trekel, Oliver Pohl (chez Oehms) + ¶ R. Strauss – Lieder « féminins » (Morgen !, Zueignung…) – Roman Trekel, Oliver Pohl (chez Oehms) Récent album, remarquable. Trekel vibre beaucoup, la voix est opaque (avec son larynx écrasé et sa voix résonant à l'orée de la gorge), il passe en force à plusieurs moments… pourtant la musicalité reste très réelle, et fait de l'ensemble un tout homogène et très persuasif. Ajouté au piano très généreux et symphonique de Pohl, j'ai vraiment beaucoup aimé, alors que le programme a tout du contresens (et que Trekel est tout de même à l'exact opposé des opinions esthétiques de Carnets sur sol). Recommandé ! Dans les prochains carnets d'écoute, plus de disques de l'un et de l'autre seront commentés. ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Bartók SQ Mercredi 18 mars ¶ Brahms – Quatuor n°1 – Ébène SQ Tiens, alors qu'ils m'avaient à chaque fois impressionné au disque, je les retrouve ici conformes à mon impression mitigée lors du concours d'Évian-Bordeaux (il n'y avait eu qu'un second prix cette année, qu'ils avaient partagé avec les Aviv qui ne m'avaient pas passionné non plus) : son sombre mais un peu sec, peu de legato sur les grands accords. Allegretto étrangement très lent. ¶ Brahms – Quatuor n°1 – Sine Nomine SQ Plus vif, net et tranchant, sans que j'adore non plus. ¶ Brahms – Quatuor n°1 – Ludwig SQ C'est une bonne version, mais captée d'un peu loin et trop réverbérée. Probablement aussi, à la date où ils l'ont enregistré pour Naxos, un petit manque de cohésion et de maturité. ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Jerusalem SQ Très doux, pas vraiment le Brahms que j'attends. ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Tokyo SQ (chez Vox) Ici au contraire de l'assise, de la netteté, une prise de son proche… et une approche non dépourvue d'intensité. L'intégrale des Tokyo est de toute façon une de mes références. ¶ Brahms – Quatuor n°2 – Alban Berg SQ, sur le vif Net certes, mais un peu larmoyant. Je m'interroge vraiment sur la pertinence stylistique de ce Brahms qui s'épanche comme du Chopin. ¶ Brahms – Quatuor n°3 – Ysaÿe SQ (sur le leur label) Là, du beau rebond folklorique, du tranchant, voilà du Brahms enthousiasmant. Dommage qu'ils n'aient pas fait l'intégrale. ¶ Brahms – Quatuor n°3 – Alban Berg SQ Joli, mais encore une fois pas follement ardent. ¶ Brahms – Quatuor n°3 – Bartók SQ La robustesse un peu bourrue du mouvement lent me ravit. ¶ Brahms – Quatuor n°3 – Tokyo SQ ¶ R. Strauss – Sextuor de Capriccio – Brandis SQ ¶ Mozart – Quatuor avec piano n°2 – Stern, Laredo, Ma Ax + ¶ Mozart – Quatuor avec piano n°1 – Stern, Laredo, Ma Ax + Rarement donnés finalement ; très proches des équilibres des concertos pour piano, avec un clavier très volubile. Le Premier ressemble à la Sonate en ut mineur mâtinée de Beethoven, et tirant sur la Surprise de Haydn dans le final. Sympa ! ¶ Debussy – Promenoir des deux amants – Danco ¶ Debussy – Promenoir des deux amants – Teyte ¶ Alfvén – Symphonie n°4 – Symphonique d'Islande, Niklas Willén Disque de chevet. ¶ Dvořák – Sextuor à cordes – Sextuor Philharmonique Tchèque (chez Exton) Grince, pas beau. ¶ Dvořák – Sextuor à cordes – Sextuor de Vienne Plus doux, autrement plus élégant. En revanche, l'œuvre n'en devient pas meilleure pour autant, aimablement superficielle. ¶ Dvořák – Quintette à cordes – Sextuor de Vienne + Plus folklorique, nettement mieux écrit… mais on se rend bien compte à quel point Dvořák, dans l'essentiel de son catalogue, n'est pas le compositeur du siècle… Il y a quand même les trois dernières symphonies, ses opéras, le concerto pour violoncelle, et par-dessus tout le Requiem… mais aussi beaucoup de piécettes très mineures en musique symphonique et chambriste. Ce Quintette est à peine au-dessus de cela. ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°0 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°1 – The Angeles SQ Sacrée interprétation, ferme et virevoltante, exaltante malgré une grammaire assez sommaire dans ces jeunes quatuors. ¶ Mendelssohn – Kyrie en ré mineur – Bernius ¶ Mendelssohn – Christus, extrait (Geburt Christi) – Bernius ¶ Mendelssohn – Jube Domine – Bernius ¶ Mendelssohn – Trois Psaumes Op.78 – Bernius Quatre chefs-d'œuvre de la musique chorale par l'un de ses meilleurs interprètes. Jeudi 19 mars ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°1 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°2 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°3 – The Angeles SQ Celui-là est très corellien (un peu les atmosphères de son célèbre concerto grosso de Noël), superbe. ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°4 – The Angeles SQ Ressemble aux autres… ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°5 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.1 n°6 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.42 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.50 n°1 – The Angeles SQ ¶ Haydn – Quatuor Op.50 n°2 – The Angeles SQ ¶ Concert de Carême et de Ténèbres : Charpentier & Lalande (trois membres du Poème Harmonique, dont Dumestre). À l'Oratoire du Louvre, un beau programme scénarisé (avec extinction progressive des bougies – pas pendant les Leçons de Ténèbres ni sur un candélabre, mais le résultat demeure assez convaincant !) autour des Leçons de Ténèbres de Lalande, de son Miserere et des Méditations pour le Carême de Charpentier. Du fond de l'Oratoire du Louvre, on n'entend pas Dumestre jouer du théorbe (pourtant, ce qu'on devine est somptueux comme d'habitude), et l'impact (et surtout l'élocution) de Claire Lefilliâtre se perd vraiment — totalement inintelligible, alors qu'elle sonne très bien à l'opéra. C'est l'un des problèmes des émissions pharyngées dans son genre, qui résonnent à l'intérieur avant de « sortir » (haute impédance typique des techniques d'aujourd'hui). En revanche, le petit chœur des trois hommes (Jean-François Lombard, haute-contre ; Serge Goubioud, taille ; Geoffroy Buffière, basse-taille) dans les Méditations pour le Carême ou entre les versets du Miserere verse dans le suprême ; d'abord parce que cette écriture essentiellement harmonique et homophonique (ils chantent simultanément, quasiment en choral) est merveilleusement maîtrisée par les compositeurs (quelle fin que cette réponse a cappella au Miserere, dans l'obscurité !) ; ensuite par la qualité individuelle et collective de leur association. Serge Goubioud s'est beaucoup bonifié, ou se trouve particulièrement à l'aise ici, avec une sonorité claire qui n'est pas fortement nasillarde comme c'était généralement le cas. Et Jean-François Lombard , qui me paraît cette fois-ci en réalité user d'un mécanisme II (« voix de tête », disons) rapproché au maximum de son registre principal, paraît doté d'une voix infinie, qui reste souple, égale, doucement lumineuse et parfaitement projetée sur toute sa longueur. Si le Miserere de Lalande existe déjà par Dumestre et Lefilliâtre (sont-ce les mêmes chanteurs, je ne pourrais le dire), très touchante dans une acoustique sèche, on ne trouve au disque, pour les Méditations de Charpentier, qu'Hervé Niquet (un peu flou et avec plusieurs voix par partie) et l'Ensemble Pierre Robert (chanté aussi à trois, mais où les deux ténors sont un peu grêles et nasillards). Ce moment était donc d'autant plus précieux. ¶ Mendelssohn – Kyrie en ré mineur – Bernius ¶ Mendelssohn – Christus, extrait (Geburt Christi) – Bernius Vendredi 20 mars Le 20 mars est officiellement journée marrécienne des chefs-d'œuvre absolus : ¶ Haydn – Quatuor Op.33 n°5 – The Angeles SQ ¶ Schubert – Air de Troila – Gerhaher, Harding ¶ Wagner – Die Meistersinger (final du I) – Kubelik ¶ Charpentier – Médée (acte V) – Christie II ¶ Mendelssohn – Kyrie en ré mineur – Bernius ¶ Mendelssohn – Christus, extrait (Geburt Christi) – Bernius Samedi 21 mars ¶ Steffani – Duetti da camera – Mazzucato, Watkinson, Esswood, Elwes, (Wouter) Möller, Curtis. Absolument superbe, des doubles monodies de la meilleure veine, une sorte de « Zefiro torna » en permanence et dans tous les climats. Par ailleurs, la distribution fulgurante fait de ces miniatures seulement accompagnée à la gambe et au clavecin de petits miracles de couleur. Je n'avais même pas vu que ça existait… Disque du jour ! ¶ Schütz – Hodie Christus natus est – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet (avec Esswood, chez Alto) ¶ Schütz – Fili mi absalom – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet (avec Michael Goerge) ¶ Schütz – Auf dem Gebirge – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Heu mihi, Domine – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Ich danke dem Herrn – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet (avec Ian Partridge) ¶ Schütz – Der Engel sprach – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet Le disque est ancien, et on entend bien que l'interprétation n'est pas aussi nette et mobile qu'aujourd'hui, mais on y percevra beaucoup de climat et de ferveur, dans une sélection germano-latine qui contient plutôt le meilleur du legs de Schütz. Vraiment une très bonne fréquentation. ¶ Rossini – Ouverture de Semiramide – Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Antonio Pappano + ¶ Rossini – Ouverture de L'Assedio di Corinto – Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Antonio Pappano + ¶ Rossini – Ouverture de Guillaume Tell – Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Antonio Pappano + ¶ Rossini – Andante e tema von variazioni (pour flûte, clarinette, cor et basson) – Tamponi, Carbonare, Allegrini, Bossone + Nouveauté. Très impressionnante précision d'un orchestre qui paraît pourtant, dans d'autres répertoires, plus modestes. Pappano réussit des équilibres tout de délicatesse, évitant l'effet « doublure de flûte + cymbales ». Il mise essentiellement sur la netteté d'articulation des violons (bel emportement des altos et des violoncelles sur les sforzandi de l'ouverture de Guillaume Tell), et aussi sur la justesse des équilibres et du tempo (le resserrement final, dans la même ouverture, se fait absolument sans précipitation). Ce sont tout de même de belles œuvres, qui ont surtout le défaut d'être assez homogènes entre elles… et je ne crois pas qu'un disque d'ouvertures les ait aussi bien servies. Référence. ¶ Schütz – O quam tu pulchra es – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Die Seele Christi heilige mich – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Was mein Gott will – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Eultavit cor meum – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Selig sind di Toten – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet ¶ Schütz – Auf dem Gebirge (avec violes) – Pro Cantione Antiqua, Edgar Fleet (avec Esswood et Bowman) ¶ Brahms – Sérénade n°1 – Gewandhaus, Chailly ¶ Brahms – Sérénade n°2 – Gewandhaus, Chailly Nouveauté. Après avoir, comme tout le monde, têté la mamelle de Boult assez longtemps dans ces œuvres, difficile de passer durablement à autre chose. Il y a bien de bonnes versions (Spering, quoiqu'un peu raide ; Bongartz superbement enregistré, mais pas forcément le plus profonde non plus) ; néanmoins, avant de trouver Wand / Cologne (intensité formidable !), je revenais toujours à Boult, et l'écoute toujours avec grand plaisir. La version de Chailly a le mérite de proposer un autre type de lecture, moins poétique et contemplatif : rapide, transparent, doté d'une belle plastique bien sûr, mais cherchant surtout la simplicité et la fluidité, sans emphase aucune, ce qui se défend aussi bien que l'autre version — et explique peut-être, outre les préjugés anti-chef-de-grands-orchestres, la tiédeur de la critique elle aussi nourrie et grandie au lait britannique. Il est sûr que la portée poétique n'est pas la même, mais ce n'est pas le projet, et celui de Chailly réussit très bien. ¶ Haendel – Saul – Harnoncourt Je n'avais jamais adhéré à cette œuvre (probablement abordée trop tard, après m'être lassé du style très homogène du répertoire baroque européen du XVIIIe siècle, France exceptée), après avoir pourtant consulté les meilleurs spécialistes actuels de ces musiques. Erreur : ce vieux coffret est magnétique. La logique dramatique semble soudain prendre l'ascendant sur l'écriture musicale, et exalter toutes les bizarreries structurelles de la partition, l'aspect de récit ou de stances un peu hagardes. Pourtant Harnoncourt ne fait pas dans le tapage ni les contrastes spectaculaires, mais distille plutôt quelque chose d'assez vénéneux, parfaitement secondé par des voix de légende (Esswood !) à l'anglais bizarre (Fischer-Dieskau). Várady y trouve le rôle de sa vie (son Page ogresque est un ravissement, paradoxalement). Tout l'épisode biblique semble circuler au travers d'une lentille déformante, sans que la musique soit le moins du monde bancale ou enlaidie. Saisissant. ¶ Nono – Prometeo (extraits) – Abbado Superbe. ¶ Nono – Prometeo (Prologue) – SWR, Ryan & friends Le texte est absolument inintelligible mis en musique ainsi, mais les atmosphères restent très persuasives. Certes, sur la longue durée, on finit par entendre toujours les mêmes procédés, mais la lassitude n'apparaît que tardivement vu la qualité d'évocation générale. J'aime moins l'Isola primera, dont il sera question dans les prochains carnets d'écoute. ¶ Mendelssohn – Quintette à cordes n°2 – Mendelssohn SQ (chez BIS) + -- -- Comment ça marche ? La cotation est complètement subjective et ne prend pas en compte la qualité mesurable de l'oeuvre, seulement le plaisir que j'ai à l'écouter (à ce moment précis). L'interprétation n'est pas prise en compte. Une tartelette au citron (ou un putto d'incarnat selon les jours) est signe que ça m'a plu. Une oeuvre agréable, qui n'appelle pas forcément la réécoute. Exemple : Le trio avec piano de Rihm. Une oeuvre intéressante, qui méritera d'être réécoutée de temps à autre. Exemple : Les premiers trios de Beethoven. Une très belle oeuvre, qui appelle des écoutes régulières. Exemple : Les trios de Debussy et Ravel. Un chef-d'oeuvre, une des oeuvres importantes de ma discothèque, à réécouter abondamment. Exemple : Les trios de Théodore Dubois. L'une des quelques oeuvres qui me sont extrêmement chères. Exemple : Les quatuors de Czerny. Ainsi, à part la tartelette esseulée qui est un peu mitigée (oeuvre agréable mais oubliable, ça va bien si le temps ne nous est pas compté), la seule présence de portion citronnée indique que j'ai aimé. Le principe n'a donc rien à voir avec les étoiles « objectives » des magazines qui donnent ou pas la moyenne aux enregistrements. Exceptionnellement, si je suis vraiment en colère, je peux aussi le signaler. Je distribue alors des tartelettes au citron meringué, qui sont à la vraie tarte au citron ce que les persécutions nazies sont à l'Éphèse classique. Je n'ai pas aimé du tout, du tout. Ça ne me parle pas. Exemple : L'oeuvre orchestrale d'Olga Neuwirth. C'est insupportable, grotesque, scandaleux. Et surtout ça fait mal. Exemple : L'oeuvre pour orgue de Philip Glass. Je suis mort.

Myung-whun Chung

Myung-whun Chung (22 janvier 1953) est un chef d'orchestre sud-coréen qui, depuis 2000, est à la tête de l'Orchestre philharmonique de Radio France, l'une des quatre formations administrées par les Concerts de Radio France. Pianiste, il est également connu grâce au Trio Chung, formé avec ses sœurs, violoniste et violoncelliste.



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