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Musique classique et opéra par Classissima

Myung-whun Chung

jeudi 31 juillet 2014


Classiquenews.com - Articles

28 juillet

Roberto Alagna chante Otello à Orange, les 2,5 août 2014.

Classiquenews.com - Articles Orange, Chorégies 2014 : Roberto Alagna chante Otello, les 2,5 août 2014. Le rôle d’Otello demeure le plus grand défi pour un ténor lyrique, capable de puissance comme de ciselure dramatique. Interprète prêt à relever le défi en une prochaine performance délicate à Orange au Théâtre Antique, Roberto Alagna chante Otello, les 2,5 août 2014. Avant celui de Jonas Kaufmann , confondant verdien et avant sa prise de rôle sur scène, épatant et bouleversant dans un album Verdi édité par Sony , l’Otello du ténor français Roberto Alagna crée l’événement des Chorégies d’Orange 2014, les 2 et 5 août 2014. Pour le maure de Venise, rongé par le soupçon et manipulé dans sa folie destructrice par Iago, Alagna dont l’évolution de la voix récente, a permis de conquérir une couleur nouvelle sombre, se dédie tout entier au rôle le plus passionné du théâtre verdien : songez à la scène ultime où le jaloux possédé assassine sa bien-aimée la trop tendre Desdemona. La partition qui s’inscrit dans la dernière manière de Verdi – orchestralement contrastée, audacieuse, d’une exceptionnelle efficacité dramatique et expressive, profite de la collaboration du compositeur avec Boito : les deux créateurs revisitent avec une rare intelligence le drama shakespearien dont il font un huit clos romantique, sombre, crépusculaire où les instruments brillent de couleurs fauves et de climats mystérieux énigmatiques d’une irrésistible puissance poétique. Après Faust (Gounod), Calaf (Turandot), cet Otello nouveau est pour Alagna un défi à suivre absolument. Alagna fera t il aussi bien que son confrère l’excellent et si troublant Jonas Kaufmann ? Réponses les 2 puis 5 août 2014. Aux côtés de Roberto Alagna dans le rôle-titre : Inva Mula (Desdemona), Seng-Hyoun Ko (Iago), Florian Laconi (Cassio) … Philharmonique de Radio France. Myung-Whun Chung, direction. Nadine Duffaut, mise en scène. Verdi : Otello. Orange, Chorégies (Théâtre antique). Les 2 et 5 août 2014. Diffusion sur France 2, le 5 août 2014 à 21h50. Lire notre présentation des Chorégies d’Orange 2014.

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22 juillet

Palette de sentiments pour le San Francisco Ballet

On l’aura compris, le style Helgi Tomasson , ce sont des développés à la seconde, des portés et des ports de bras sophistiqués, sans identité reconnaissable et un côté assez vain. Avec The Fifth Season, chorégraphié en 2006, Helgi Tomasson a souhaité ajouter une saison aux quatre déjà existantes, sur une mauvaise partition de Karl Jenkins. Heureusement, les danseurs sauvent l’affaire, à commencer par la pétillante et souriante Mathilde Froustey nationale, transfuge du Ballet de l’Opéra de Pairs, Frances Chung et Yuan Yuan Tan (toujours aussi divine) côté filles et Victor Luis ou Damian Smith côté garçons. Le délicieux In the night, chorégraphié par Jerome Robbins en 1970 sur quatre Nocturnes de Chopin, donne encore une fois à Mathilde Froustey, qui danse le premier couple romantique aux côtés de Ruben Martin Cintas, l’occasion de faire preuve de charme et de piquant. Ce jeune couple énamouré est suivi du couple plus mûr formé par Sofiane Sylve et Tilt Helimets, puis du couple passionné qui réunit Lorena Feijoo et Damian Smith. Un formidable sextuor, retenu et sensuel, qui déploie toute la palette des sentiments amoureux inspirés par le musicien romantique. La soirée s’achève avec la fougue de Balanchine dans Les quatre tempéraments, littéralement porté par la musique de Paul Hindemith. Après les trois premiers thèmes un peu appliqués et tendus des demi-solistes californiens (il faut dire que la chorégraphie est très difficile !), place aux variations autour des humeurs telles que définies pas les médecins du 17ème siècle. Jaime Garcia Castilla incarne le Mélancolique, entouré d’une cour de vestales un peu arrogantes. En écho au couple passionné de Robbins, le duo Sanguin interprété par Frances Chung et Joseph Walsh est parfait ! Puissant, mais moins séduisant, Anthony Spalding se coule dans le rythme lent du Flegmatique. Sûre d’elle enfin, Sofiane Sylve joue la Colérique. Conquérante et absolue, elle allie savoir-faire et technicité, un compliment que l’on peut adresser à toute la compagnie… Crédit photographique : © Erik Tomasson Yuan Yuan Tan et Damian Smith dans The Fifth Season (ch. Helgi Tomasson)Frances Chung et David Karapetyan dans The Fifth Season (ch. Helgi Tomasson)The Four Temperaments (ch. George Balanchine)




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17 juillet

Les Etés de la Danse accueillent le San Francisco Ballet

Fêtant son dixième anniversaire, le festival Les Etés de la Danse accueille de nouveau le San Francisco Ballet pour dix-huit soirées éclectiques et enthousiasmantes. Au programme, l’élégance, le brio et l’efficacité « made in » Californie… Comme le New York City Ballet, le San Francisco Ballet compte à son répertoire de nombreuses pièces de George Balanchine et Jerome Robbins . Plusieurs d’entre elles seront données au cours des soirées programmées par la compagnie jusqu’au 26 juillet. Premier aperçu avec Agon de Balanchine, un ballet chorégraphié il y a 57 ans sur la saisissante partition éponyme d’Igor Stravinsky. Construit en miroir, le ballet pourtant abstrait, nous transporte au temps de l’amour courtois, dans les échos lointains d’une chasse à courre. Agon a en effet été conçu d’après un manuel de danse française datant de la Renaissance. C’est pourquoi on y distingue certains ports de bras ou inflexions de pied, mais aussi de rythmes typiques de la sarabande, de la gaillarde ou du bransle, littéralement transcendés par George Balanchine. La compagnie californienne se coule dans ce langage chorégraphique moderne et sophistiqué, acéré et diablement intelligent, qui n’a pas pris une ride. Dans le second pas de trois, Frances Chung fait preuve de chien et d’esprit face à ses partenaires Thomas Bieszka et Shane Wuerthner. On retiendra surtout le pas de deux de Sofiane Sylve et Luke Ingham, un superbe et solide couple aux lignes infinies, merveilleusement balanchiniennes. Autre belle surprise avec Glass Pieces de Jerome Robbins, chorégraphié sur des extraits de Glassworks (Rubric et Façades) et le Funeral de l’opéra Akhnaten de Philip Glass. L’objectif du chorégraphe, qui s’inspirait pour la première fois d’une partition minimaliste, était de montrer la force de la vie dans une grande ville, entre la pression de la foule et le besoin d’intimité des individus. L’intéressant duo de Façades, formé par Kristina Lind et Tlit Helimets, est rehaussé par la frise mouvante de danseuses en fond de scène, d’un effet éminent graphique. Bravo à l’énergie et au dynamisme de toute la compagnie dans la troisième partie Akhnaten, formidablement rythmée, avec des danseurs homogènes et combattants qui emportent la salle. Ces deux incontestables chefs d’œuvre sont malheureusement amoindris par le choix d’Helgi Tomasson, directeur artistique du San Francisco Ballet depuis 30 ans, de programmer en ouverture de cette soirée sa dernière création Caprice. Quel intérêt au 21ème siècle de créer un ballet classique sans argument et sans parti pris stylistique ? Le chorégraphe s’est inspiré de la personnalité de chacune des solistes virtuoses pour écrire trios et adages à leur mesure, sur fond de colonnes doriques et de lumière cuivrée. Maria Kochetkova, un peu précieuse, manque de tenue entre les bras du bodybuildé Davit Karapetyan. Brillante et élégante, Yuan Yuan Tan séduit dans son adage avec Luke Ingham, qui offre quelques portés astucieux. Avec une compagnie techniquement impeccable, plus métissée que certaines compagnies classiques européennes, on ne boude cependant pas son plaisir, en attendant les prochaines soirées… Delphine Goater Crédit photographique : © Erik Tomasson (Sofiane Sylve et Anthony Spaulding dans Agon de Georges Balanchine) (Glass Pieces de Jerome Robbins)

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7 juillet

Berlioz, entre Lyon et l’Italie

La Symphonie fantastique de Berlioz avait été le premier disque gravé par Leonard Slatkin avec son Orchestre national de Lyon . Le chef américain poursuit ses explorations discographiques avec un volume centré sur Harold en Italie et quelques brillantes ouvertures. Si, la Symphonie fantastique a été enregistrée par la quasi-totalité des orchestres français, Harold en Italie reste plus marginal avec seulement une poignée d’enregistrements : Bernstein/McInnes/Orchestre national de France (EMI), Plasson/Caussé/Capitole de Toulouse et Chung/Verney/Orchestre de l’Opéra de Paris. On se réjouit donc d’y retrouver un orchestre français mené par un chef cultivé. Le Berlioz de Slatkin sonne avec éclat et précision, même si la prise de son très sèche gomme le travail sur les timbres. L’orchestre est discipliné et les interventions des solistes sont parfaites. L’alto de Lise Berthaud s’immisce à merveille dans ce tissu narratif. On tient ici une version solidement charpentée et stylistiquement juste, témoin de l’excellent niveau de la phalange lyonnaise, depuis qu’elle est prise en main par le maestro américain. Les ouvertures italiennes et la petite pièce Rêverie et caprice complémentaires sont servies avec ce qu’il faut de brio et d’entrain, dans une optique équilibrée et précise chère au chef américain. Au risque de se répéter, on regrette la sécheresse de la prise de son et son manque de clarté qui nuisent à notre pleine satisfaction. En revanche, l’Orchestre de Lyon, au fil des disques et des concerts, ne cesse de s’affirmer comme la meilleure phalange hexagonale en dehors de Paris.



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1 juillet

Orange, Chorégies. Verdi : Nabucco, Otello. 9 juillet > 5 août 2014

Orange, Chorégies. Verdi : Nabucco, Otello. 9 juillet > 5 août 2014. A Orange, on « redouble » chaque œuvre choisie : donc deux Nabucco, deux Otello. Un fragment de la totalité verdienne – 28 opéras – qui permet, sous le Mur romain, de contempler des moments essentiels. Le 1er chef-d’œuvre reconnu, Nabucco, une histoire biblique dont les échos vont du côté de l’Unité Italienne au XIXe (« Va pensiero »…). Et un couronnement dramaturgique : l’ultime tragédie d’Otello, ambigu et violent récit des aventures du More de Venise, de sa belle Desdémone et du provocateur Iago… Le destin Quand Giuseppe devient Verdi, au début des années 1840… Avant Nabucco, il y avait un jeune autodidacte très doué, formé à la composition par Lavigna, et qui après échec pour un poste à Busseto, était allé à Milan commencer une carrière dans la mélodie (Romanze, 1838) et surtout l’opéra (un brouillon, Rocester, remis sure le métier pour Oberto, accepté par un impresario qui fait monter l’œuvre avec un certain succès à la Scala (1839). Tout serait bien pour ce compositeur de 26 ans si le destin ne frappait à coups redoublés : la mort de deux très jeunes enfants, puis celle – maladie foudroyante – de l’épouse, Margherita (1840), pendant que s’écrit un opéra-bouffe, Un jour de règne, qui d’ailleurs connaîtra un humiliant échec. Va pensiero… Mais Verdi est déjà un vibrant patriote et veut voir se réaliser l’unité de son pays contre l’occupant autrichien ; il a été introduit dans les milieux de l’opposition libérale aristocratique (le comte et la comtesse Maffei) et il a adhéré aux idées progressistes de Mazzini. C’est ainsi qu’il tombe sur un livret biblique (le drame du peuple juif en exil à Babylone), écrit par Temistocle Solara, dont le père avait été interné au Spielberg (là où le poète S. Pellico avait composé « Mes Prisons »). Il s’enthousiasme pour le chant des exilés soumis au travail forcé loin de leur patrie : « Va, pensée, sur tes ailes dorées », qui deviendra par le vers initial « Va pensiero, sull ali adorate » hymne de ralliement à la libération des Italiens, symbole de la partition entière, et même ce que nous appelons un « tube » à vocation universelle. La composition de l’opéra est entreprise dans la fièvre. Le livret amalgame des faits historiques et des personnages soit imaginaires (Abigaïle, prétendue fille de Nabucco et « réelle » esclave, devenant reine par coup d’Etat !), soit placés en situations destinées à provoquer l’admiration, la terreur ou la pitié… Les histoires d’amour s’y enlacent au cours historique des choses et des peuples, l’aile de la folie s’étend sur le héros, le roi Nabucco, qui recouvrera la raison et se ralliera au Dieu d’Israël. Le « véritable » Nabuchodonosor, souverain de l’empire néo-babylonien au début du VIe , lui, n’avait été…que le bâtisseur d’une Cité aux 18 kms de murailles et aux jardins suspendus. Comme j’aimerais être à votre place ! L’opéra fait en tout cas commencer l’immense carrière de Verdi. Le soir de la première à la Scala, « le violoncelliste Merighi dit au compositeur « caché » dans la fosse d’orchestre : Maestro, comme j’aimerais être à votre place ! Et ce soir-là en effet, la victoire est totale ! » (P.Favre-Tissot). Mais quelles significations en profondeur, du côté de ce qu’on n’appelle pas encore l’inconscient et qu’on apprendra dans un demi-siècle à sonder par la parole libérée ? « Il est curieux de noter que Nabucco prépare ce Roi Lear auquel Verdi rêvera pendant tant d’années, dont il commencera la composition et qu’il ne pourra jamais mener à bien.(J.F.Labie). Et chez le Grand Will(iam Shakespeare, pierre angulaire du romantisme européen), Verdi puisera pour Macbeth, Otello et Falstaff. Comme dans Lear, Nabucco est à la fois « roi et père, tyrannique, fou et humilié, tout le prépare à devenir père assassin . Et le père qui remplit mal sa fonction devient à la fois meurtrier et victime en puissance. » Simone Boccanegra puis Rigoletto parleront ensuite et très fortement du Père, avec quelle intensité ! Nos Révolutions et les leurs L’autre tension plus clairement lisible, est historico-politique. Notre « qualité » de Français nombrilistes ne nous fait guère prêter trop d’attention à la « naissance d’une nation », fût-elle de l’autre côté des Alpes. Et nous avons notre Révolution – la Grande, avec ses petites soeurs du XIXe -, notre Unité hexagonale n’avait pas attendu le siècle du romantisme pour se faire.Hormis donc le très célèbre Viva V.E.R.D.I !, nous ne sommes pas très au fait d’une Histoire italienne qui n’avance pas alors irrésistiblement, et plutôt piétine après ses succès, voire recule (pour mieux sauter, disent les optimistes). Où l’imbroglio des idéologies déroute : républicains rouges et impatients (Garibaldiens), modérés se ralliant à la raisonnable monarchie de Piémont-Sardaigne, contre principautés et royaume obsolètes du nord et du sud. Il en va de même pour les actions : sociétés secrètes, complots et attentats au début, carte militaire d’armées traditionnelles à jouer ensuite contre l’Occupant, alliances même étrangères au jeu équivoque, retournements et attentismes, monarchie parlementaire et négociatrice contre grande aventure républicaine… Sans oublier qu’au nombre des « tyrannies » figure la Papauté, encore puissance temporelle (les Etats de l’Eglise) et qui, sauf brève illusion lyrique (Pie IX, les premiers mois),joue la carte du monde ancien et répressif, en attendant de se poser en victime « prisonnière » après 1870 et pour 60 ans dans les frontières de son village d’opérette vaticane… Le pouvoir est rassurant Et certes en 1842, on est encore loin du moment spectaculaire où le musicien V.E.R.D.I, avec jeu de lettres sur son nom, incarnera le patriotisme trahi de 859, quand Napoléon III « lâche » les Itliens en laissant l’Autriche garder la Vénétie. La démission provisoire du comte Cavour, réaliste serviteur de la royauté piémontaise, puis son idée – après retour au pouvoir – de pousser Verdi à la députation font partie de ce qu’on dirait aujourd’hui un « bon plan de comm politique ». D’ailleurs, depuis le temps de Nabucco, Verdi est passé du républicanisme mazzinien au conservatisme « à la Vittorio-Emmanuele », comme le souligne l’historien non-conformiste de la musique J.F.Labie (Le Cas Verdi) : « La pente naturelle du caractère de Verdi, et aussi sa violence mal contenue, le poussent à l’acceptation d’une puissance souveraine, non pas par accident, mais par essence, parce que le pouvoir est rassurant… » Discussions au-delà des clichés La mort de Cavour (« le Prométhée de la Nation », selon le musicien)dès 1861 finira par l’éloigner de la politique, et ses enthousiasmes auront toujours été freinés par une bonne dose de prudence (conservatrice) ». André Segond ajoute : » En fait Verdi resta farouchement hostile à tous les mouvements populaires qui visaient à la conquête de plus grandes libertés politiques et économiques. » Spectateur attentif, vous voyez qu’au-delà des clichés confortables, il y a bien des discussions virtuelles et désirables sous le Mur ! Là, c’est le metteur en gestes et images Jean-Paul Scarpitta, le chef Pinchas Steinberg, l’Orchestre Montpelier-Languedoc (à Orange pour la 1ère fois), les solistes (dont Martina Serafin, en Aigaïlle, George Gagnidze en Nabucco et D. Belossleilskiy en Zaccaria) et les Chœurs Régionaux, qui traduiront la jeunesse du1er chef-d’œuvre verdien. Mon gauche patois de Busseto Verdi et son librettiste Arigo Boito pour Boccanegra, Otello et Falstaff Mais n’est-ce pas un autre (nouveau ?) Verdi qui propose en 1887 (écriture commencée depuis 1882) sa vision tragique –obsédante et obsédée – d’un sombre héros shakespearien ? Arrigo Boito est alors devenu dramaturge et conseiller de Verdi, et il a « comploté avec l’éditeur Ricordi pour que Verdi sorte du silence observé depuis Aïda (1871) puis le Requiem (1874) ». Alors, shakespeariennement oublié le Macbeth (1846) que Verdi avait appelé « mon péché de jeunesse » … En réalité, il faudra quatre ans d’écriture pour Otello, « de la dépression et du secret ». En 1883, il y aura eu le choc – sinon affectif, du moins esthétique – provoqué chez l’Italianissime par la mort de Wagner (son conscrit !). Certes, comme le note André Gauthier, les distances auront été marquées depuis longtemps : « Nous sommes des Italiens, avait rappelé Verdi : je ne veux pas transcrire la sublime polyphonie de Wagner en mon gauche patois de Busseto ! » La création d’Otello sera un triomphe, et des Français « importants » sont présents à la Scala : Massenet, Reyer, Clémenceau, et même ce Camille Bellaigue qui aura 15 ans plus tard l’inoubliable formule : « L’orchestre de Pelléas ne fait pas grand bruit, mais un vilain petit bruit. ». Après d’interminables approbations du public, une foule raccompagne l’auteur à l’Albergo Milano, l’interprète Tamagno entonne au balcon l’Esultate du début de l’opéra. « La gloire, constate Verdi, la gloire.. ;Oui, mais j’aimais tant ma solitude en compagnie d’Otello et de Desdémone ! » Le poison de la jalousie Otello, c’est un huis-clos – une fois passé le 1er acte de tumulte chypriote, lui-même nouveau lieu de réflexion sur le pouvoir – montrant de brûlante façon que « l’enfer c’est les autres » dès lors que le poison de la jalousie est venu habiter corps et âmes : dans Shakespeare déjà, elle était, selon Iago, « lemonstre aux yeux verts qui produit l’aliment dont il se nourrit…Quelles damnées minutes il compte, celui qui raffole, mais doute, celui Qui soupçonne, mais aime éperdument ! » L’outrance de l’Anglais et celle de l’Italien est dans l’étude quasi-voluptueuse d’une pathologie de l’extrême. Tous les clignotants d’alerte de la paranoia sont au rouge : bouffées délirantes, manie de la persécution, jugement faussé, pulsions de mort (subie et infligée). « L’obscur objet du désir », cadenassé dans la sphère-prison de propriété conjugale devient lieu géométrique d’un retour à la pureté par vengeance folle après simulacre de procès. Le plaignant est le juge-exécuteur immédiat de sa propre sentence. Son lion (de Venise) superbe et généreux Mais dans ce processus de déraison incontrôlable, il est un aspect qui aura légitimement retenu des commentateurs modernes (ainsi dans le remarquable Avant-Scène Opéra sur Otello : G. de Van, Catherine Clément,Philippe Reliquet), c’est le caractère noir (« nègre » ?) d’Otello. A l’origine historique,le Morede Venise devenu gouverneur de Chypre était un noble vénitien, Cristoforo Moro. Le « jeu de mots » aura permis le passage « choquant la bienséance de spectateurs européens » (on le disait au XIXe !) à un « teint jaune et cuivré », voire davantage, dans la confusion avec les Ottomans qui menacent Chypre (musulmans, soit, mais pas Africains !). Otello devient « l’homme aux lèvres épaisses », voire l’esclave aux lèvres gonflées », « le barbare », bref celui que sa bravoure guerrière dont une douce, amoureuse et blonde Desdémone fait, dirait-on ailleurs, son « lion superbe et généreux ». Mais que le mariage ait été autorisé ou qu’il y ait même eu rapt (consenti), Otello ne peut que demeurer l’Autre, puisqu’il est …Noir. D’où les « interpellations offensantes » sur le « barbare très fruste » portées par Iago : Otello n’est pas à sa place ni en légitime amoureux,ni en époux. La violence meurtrière qu’il porte en lui, est-ce bien celle de tout humain contaminé à son insu par une jalousie pathologique, ou bien porte-t-il, par son origine « raciale », quelque chose qui prédispose et exacerbe, « de natura » ? Ainsi peut-on être amené à poser la question du titre dans l’article de P.Reliquet : « Otello,drame raciste ? » Je fus D’autres pistes de réflexion : si le More « est aussi la mort », n’y-a-t-il pas aussi extrême « jalouissance » tout près de tels abîmes, pour reprendre le joli mot lacanien cité par C.Clément ? Et aussi, on peut cherche en tout cela des échos dans la « camera oscura » de la conscience verdienne. Car Otello est l’homme « âgé » dans les bras de la tendre Desdémone. Pour Verdi des années 1880, la vieillesse monte à l’horizon, la jeunesse est en tout cas enfuie, « à jamais » marquée par la triple tragédie de 1838-40. Il n’y a pas en lui la profondeur d’une espérance chrétienne qui pourrait chez cet agnostique rassurer dans une interrogation sur le néant. Qui sait si Verdi, à la fin, ne pourrait qu’avouer comme son héros : « Otello fu », « il fut ». Et rien d’autre ? Son seul rival international Mais nous pourrons le consoler, notre Giuseppe : son avant-dernier acte de compositeur prouverait à lui seul le génie du « seul rival international » (c’était la formule du Général de Gaulle humoriste se comparant à …Tintin !) de… Wagner. Sous le mur-rempart d’Orange, on peut en tout cas faire confiance à la forme très synthétique de l’esprit Myung Whun Chung pour faire traduire par son Orchestre (le Philar de Radio-France), les Chœurs, les solistes –en particulier le Trio terrible :Inva Mula, Desdémone, Robert Alagna, Otello, Seng-Hyoun Ko, Iago- la complexité d’arrière-plans troublants qui hantent l’opéra. Et ce devrait être en complet accord avec la culture et la subtilité très « orangiennes » de Nadine Duffaut, qui met en scène. Sans oublier entre les séries de représentations un concert lyrique de Patrizia Ciofi, très aimée aux Chorégies : tour d’horizon du côté de chez Gioacchino (Rossini, cinq extraits d’opéras) et Gaetano (Donizetti, six extraits), le Philharmonique de Marseille étant conduit par Luciano Acocella. Festival des Chorégies d’Orange 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901). Nabucco, dir.Pinchas Steinberg : 9 et 12 juillet, 21h45. Otello, dir. Myung Whun Chung, 2 et 5 août, 21h30. Concert lyrique Rossini et Donizetti, par Patrizia Ciofi : 4 août, 21h30. Information et réservation : T. 04 90 34 24 24 et www.choregies.fr

Myung-whun Chung

Myung-whun Chung (22 janvier 1953) est un chef d'orchestre sud-coréen qui, depuis 2000, est à la tête de l'Orchestre philharmonique de Radio France, l'une des quatre formations administrées par les Concerts de Radio France. Pianiste, il est également connu grâce au Trio Chung, formé avec ses sœurs, violoniste et violoncelliste.



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